
“Caisses spéciales enfants” : la fabrique du petit consommateur colonial. Ça va se passer ce samedi 07 février 2026 à Carrefour Genipa en Martinique.
Il faut arrêter de faire semblant.
Quand un hypermarché du Groupe Bernard Hayot (GBH) annonce des “caisses spéciales enfants”, ce n’est pas une opération mignonne. Ce n’est pas un jeu. Ce n’est pas une animation.
C’est un symptôme.
C’est la mise en scène d’un monde où l’enfance elle-même est annexée par le marché et le consumérisme glaire.
Le capitalisme n’attend plus l’adolescence : il commence à 3 ans.
Faire scanner un enfant, ce n’est pas lui apprendre l’autonomie.
C’est lui apprendre la soumission joyeuse à la consommation.
On l’initie très tôt à ce que le système attend de lui :
acheter,
participer,
s’habituer,
intégrer la logique marchande comme un horizon naturel. C’est la porte ouverte à une addiction durable. Un nouvel esclavage.
Le message est clair :
“Bienvenue dans le monde. Ton rôle commence ici : à la caisse.”
Le consumérisme comme éducation primaire
On ne propose pas aux enfants des ateliers de culture, de mémoire, de créativité, de terre, de transmission.
On leur propose… la caisse.
C’est une pédagogie brutale :
la vie est un supermarché,
le bonheur est un achat,
l’existence est un acte de consommation.
Et tout cela emballé dans des paillettes, des sourires et du marketing violet.
Le client devient travailleur gratuit, et l’enfant apprend à aimer ça.

Ce dispositif est aussi une normalisation de l’exploitation moderne :
plus de caissiers,
plus de relations humaines,
plus de salaires à payer.
Le consommateur fait le travail.
Et l’enfant est dressé à considérer cela comme un jeu.
C’est l’apprentissage précoce du capitalisme automatisé :
“Tu feras toi-même, et tu diras merci.”
En Martinique, c’est encore plus violent : c’est une colonisation des imaginaires.
Ici, la grande distribution n’est pas un simple commerce.
C’est un pilier de la dépendance structurelle :
nourriture importée,
économie extravertie,
profits captés,
production locale marginalisée.
Et maintenant, on ne se contente plus de contrôler les circuits.
On forme les enfants.
On fabrique dès l’enfance le réflexe Carrefour.
C’est la colonisation par la consommation.
Après la terre, après le travail, après les corps, voici venu le temps :
des esprits colonisés par le caddie. Sa’w caddie di sa ?
Une enfance transformée en marché captif
L’enfant n’est plus un être en devenir.
Il est une cible. Un bien meuble moderne.
Une stratégie.
Un segment.
Le capitalisme tardif ne se contente plus de vendre aux adultes :
il veut fidéliser avant même que la conscience critique n’existe.
On crée une génération pour qui :
acheter est normal,
scanner est normal,
dépendre est normal,
consommer est vivre.
Ce n’est pas une animation : c’est une initiation.
C’est un rite d’entrée dans l’ordre marchand.
Une cérémonie douce où l’enfant apprend sa place :
non pas citoyen,
non pas créateur,
non pas héritier d’une terre,
mais client. Plus de morale. Plus de râle.
La caisse est comme berceau.
Dans une société en crise, dans un territoire marqué par l’histoire coloniale, proposer aux enfants comme horizon une caisse automatique est une obscénité symbolique.
Ce n’est pas l’enfance qu’on célèbre.
C’est le marché.
Et quand une société commence à éduquer ses enfants à la caisse,
c’est qu’elle a déjà renoncé à leur offrir autre chose qu’un rôle :
consommer, obéir, scanner.
Et le préfet ne dit rien. Et les organismes dédiés à la protection de l’enfance, à la protection de nos enfants ne disent rien. Nos élus-es ne disent rien. Yo pè’w. Bernard Hayot…tu es infect. Tu es à vomir. Et ça m’affecte. En bon dard et en tout cas car…
gilles dégras
