Par Dany Chomet
Les nombreuses interrogations qui agitent l’espace public sur l’autorité unique de l’eau en disent long de la nécessité d’avoir un débat .
Beaucoup plaident, depuis longtemps, pour l’ouverture d’un débat dans les différentes assemblées compétentes sur l’eau .
Cela aurait dû être le point de départ de la mise en œuvre de l’habilitation par la CTM .

Pire aujourd’hui , le président de la CTM proposerait enfin aux élus locaux un rdv pour débattre. Cela après le passage du texte à l’assemblée nationale .
Pour ma part , je ne me prêterai pas à cette mascarade où l’on invite à un débat qui aura été conclu d’avance à l’Assemblée nationale sans nous .
Un comble pour des partisans de la responsabilité locale.
L’esprit de l’habilitation est de construire ensemble des modalités pour exercer un droit différencié.
Aujourd’hui cette possibilité est totalement dévoyée.
nous assistons à un acte d’autorité et non un acte de responsabilité comme certains l’imaginent et d’autres le présentent.
Je respecte le droit et l’intérêt de permettre aux élus Martiniquais qui siègent à la Collectivité Territoriale de Martinique de porter des initiatives pour ordonner nos institutions.
J’ai moi-même été rapporteur de 2 habilitations ( énergie et transport ) afin d’élaborer du « droit pays » là où le droit commun ignorait nos réalités.
Cela ne peut en aucun cas se transformer en processus qui arrache une compétence aux agglomérations qui l’exercent.
C’est malheureusement ce qui est en jeu à la veille de ce vote à l’assemblée nationale.
Pourquoi ignorer la possibilité des agglomérations de mettre en œuvre l’autorité unique?
Je rappelle que les trois présidents d’EPCI siègent à la CTM .
Pourquoi donner aux législateurs de l’assemblée nationale la tutelle de notre volonté locale quand le droit commun nous permet de faire , simple , vite chez nous !
Pourquoi ciel enlever la compétence de la gestion de l’eau aux agglomérations et la placer à la CTM… loin des élus locaux ?
Si ces questions trouvent l’essentiel de leurs réponses dans les combinaisons politiciennes , je reste persuadé que cela entache durablement notre façon de faire peuple sur des enjeux stratégiques .
Serions nous incapables d’agir ensemble au delà des contingences d’appareils?
Certains se taisent, d’autres baissent la tête en reconnaissant à demi-mot l’aberration qui est à l’œuvre.
Le président de la CTM et les députés qui l’accompagnent dans ce sens se rendent coupables d’un hold up institutionnel !
Cette violence institutionnelle de la CTM est inacceptable.
Pire , elle ne saurait être le point de départ d’un dialogue prometteur .
La confiance ne se décrète pas , elle se construit dans la réciprocité .
Pendant ce temps où l’on fait grand bruit sur la gouvernance de l’eau , des défis essentiels sont passés sous silence.
Le projet « eau Martinique » mobilise peu nos politiques en dehors des périodes de sécheresses.
En effet , rien de concret sur la tarification sociale de l’eau pour les plus démunis alors que la Martinique est éligible à cette disposition depuis plus de 10 ans !
- Pas un mot sur le programme exceptionnel d’investissement pour traiter notre réseau de distribution d’eau potable dont les rendements de réseaux déplorables lui vaut le surnom de « passoire » .
- silence radio sur la prévision inquiétante de la chute de disponibilité des ressources de rivière et la nécessité de recourir à un plan ambitieux de valorisation de nos eaux souterraines.
- Rien de significatif pour prendre en charge le défi du renouvellement de notre parc d’assainissement individuel qui expose notre littoral au péril fécal .
Nul besoin d’attendre la creation d’une autorité unique pour débattre , analyser et avancer sur ces chantiers !
Je dirai qu’il me semble judicieux de les trancher avant de parler des outils de mise en œuvre .
Il faut croire que l’exemple de l’autorité unique de transport n’aura pas servi de leçon …
C’est pourquoi j’en appelle aujourd’hui à un sursaut afin de prendre les bonnes décisions ensemble.
La première étape exige que l’on suspende la présentation de la demande d’habilitation .
La seconde est de demander sans délai l’organisation des assises de l’eau à l’initiative des communautés d’agglomérations avec l’ensemble des acteurs de l’eau afin de dessiner ensemble le projet politique eau Martinique et le modèle de gouvernance adapté pour le mettre en œuvre.
Daniel CHOMET



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