À Roissy, apparemment, la sûreté ne consiste plus seulement à fouiller les valises.
Il faut désormais filtrer les visages. Ceux qui dérangent. Les Ballo Bagayoko faces comme pourrait le dire Ruth Elkrief.
Oui, pendant qu’on contrôle les passeports, certains semblent avoir voulu contrôler la pigmentation.
Le scénario est tellement grotesque qu’on croirait une mauvaise blague sortie d’un bureau de communication en crise : TF1 arrive pour tourner un reportage, et soudain, comme par magie, les agents noirs deviennent invisibles.
Volatilisés.
Évaporés.
Rangés hors champ.

Comme si leur présence négroïde risquait de déclencher une alarme plus puissante que les portiques de sécurité.
À croire que dans cette entreprise, on ne parle pas de gestion du personnel mais de mise en scène chromatique. Eh oui…Roissy n’est pas Dakar. Ah d’accord.
Le message est limpide :
pour travailler, oui ;
pour être vu, non.
Le noir pour tenir les postes difficiles, les horaires impossibles, la pression du terrain.
Mais quand il faut représenter “la belle image” de la France à la télévision, il faudrait soudain sortir les profils plus présentables selon les vieux fantasmes coloniaux. Rappelez les défilés de soldats à la libération de Paris en 1945.
En clair :
pas trop noir à l’image, ça ferait désordre dans la carte postale républicaine.
Et après ça, certains osent encore dire que le racisme systémique n’existe pas.
Bien sûr.
Comme d’habitude, on nous expliquera qu’il s’agit d’un malentendu, d’une initiative isolée, d’une maladresse de management.
Le fameux accident qui tombe toujours dans le même sens.
Toujours sur les mêmes corps.
Toujours sur les mêmes visages.
Toujours sur la même couleur.
Le plus obscène dans cette histoire, ce n’est pas seulement l’acte.
C’est la banalité avec laquelle certains semblent l’avoir envisagé.
Comme si cacher des agents noirs pour les besoins de l’image relevait d’une simple consigne logistique.
Une opération de décoration.
Un petit coup de blanc sur le décor.
Le vieux réflexe colonial repeint en communication moderne.
Roissy devient alors le miroir grossissant d’une société qui aime la diversité tant qu’elle reste silencieuse, utile et surtout hors champ.
Le noir pour servir.
Le blanc pour représenter.
Vieille recette.
Vieille France.
Vieille honte.
Et pendant ce temps, on continue de faire la leçon aux outre-mer sur l’unité nationale.
Quelle unité ?
Celle qui efface les visages quand la caméra s’allume ?
Celle qui tolère la présence mais refuse la visibilité ?
À Bondamanjak, on appelle ça par son nom :
une saleté de réflexe raciste maquillé en stratégie d’image.
La caméra, cette fois, n’a peut-être pas filmé les agents noirs.
Mais elle a filmé quelque chose de bien plus grand :
la vérité nue d’un système qui blanchit jusqu’au réel. TF1…Alé koké manman zot.












