La tribune de Serge Letchimy président du Conseil Exécutif de la CTM consacrée à la gestion de l’eau en Martinique appelle une mise au point rigoureuse tant elle comporte d’approximations, voire d’affirmations contraires à la réalité des faits institutionnels.
Premièrement, il est inexact de laisser entendre que la création d’une autorité unique de l’eau relèverait d’un choix “du peuple martiniquais”. Cette décision procède d’un vote de la CTM, adopté certes à l’unanimité des présents, mais dans un contexte d’absence notable de nombreux élus, dont plusieurs maires pourtant directement concernés par cette compétence. Assimiler ce vote à une expression pleine et entière de la volonté collective relève donc d’une interprétation abusive.
Deuxièmement, il convient de rappeler que cette délibération visait explicitement à demander à l’État de retirer la compétence de l’eau aux maires et aux EPCI pour la transférer à la CTM. Présenter aujourd’hui cette démarche comme une volonté de “légiférer sur l’eau” masque en réalité un processus de recentralisation des pouvoirs au détriment des collectivités de proximité. Il ne s’agit pas d’un simple ajustement technique, mais bien d’un basculement institutionnel majeur.
Contrairement à ce qui est avancé, ni les maires, ni les conseils municipaux, ni les EPCI, ni même leurs instances représentatives n’ont été formellement consultés dans des conditions transparentes et démocratiques. Les échanges informels évoqués ne sauraient tenir lieu de validation par les assemblées délibérantes. Prétendre que les détenteurs actuels de la compétence auraient consenti à son transfert est donc inexact.
Il est également préoccupant de constater que la concertation est annoncée après coup, une fois le processus législatif engagé. Une telle inversion du calendrier démocratique interroge profondément : ce sont les élus locaux qu’il aurait fallu consulter en amont, par des délibérations claires, afin d’établir une position partagée et légitime.
Enfin, une contradiction majeure mérite d’être soulignée. Se revendiquer d’une démarche autonomiste, fondée sur la responsabilité locale et l’émancipation vis-à-vis du cadre national, tout en sollicitant l’intervention de “l’État Français”pour imposer une réorganisation institutionnelle aux élus martiniquais, relève d’un paradoxe manifeste. On ne peut, d’un côté, appeler à une plus grande autonomie décisionnelle et, de l’autre, s’appuyer sur le pouvoir central pour contourner les acteurs locaux lorsque leurs positions divergent.
Derrière le discours appelant à la responsabilité se dessine en réalité une méthode qui affaiblit les communes et contourne les équilibres institutionnels. La responsabilité véritable aurait consisté à construire une réforme avec les élus concernés, et non à organiser leur dessaisissement.
À cet égard, la responsabilité politique de Serge Letchimy est pleinement engagée dans cette démarche qui, sous couvert d’efficacité, s’apparente à une mise à l’écart des acteurs locaux et à une redéfinition unilatérale de la gouvernance de l’eau en Martinique.
Il est encore temps de rétablir une méthode respectueuse des principes démocratiques : interroger formellement les assemblées locales, recueillir leur position en toute transparence, et construire une solution réellement partagée au service des Martiniquais.
Pour ma part, dès le 27 avril 2026 j’organiserai un débat au sein du conseil municipal de Saint-Joseph, et je recueillerai son avis sur le projet visa à transférer la compétence eau à la CTM, au travers d’une loi d’habilitation .
Yan Monplaisir maire de la commune de Saint-Joseph










