
Lettre ouverte à Madame le Bâtonnier Pascaline Jean-Joseph
Madame le Bâtonnier,
Le barreau de Martinique s’apprête à célébrer, le 24 janvier 2026 au Triple 8 de Ducos, le désormais rituel « Guacamole Day » des avocats et avocates. Derrière l’apparente convivialité de l’événement, nombre de justiciables s’interrogent pourtant sur l’état réel de notre institution ordinale et sur l’exercice effectif de la mission qui vous incombe : la défense de l’intérêt public et, par ricochet, celui des citoyens.
Car il est des dossiers qui ne sauraient être dissimulés sous le tapis des mondanités. L’affaire dite de la CARPA, lourde de conséquences symboliques et financières, demeure une épine vive dans la crédibilité du barreau. Or, votre silence ou votre prudence excessive donnent le sentiment que vous avancez avec des œillères, protégeant vos prédécesseurs au lieu d’assumer pleinement la rupture, la clarté et la responsabilité que votre charge exige. Le bâtonnier n’est pas le gardien des équilibres passés ; il est le garant présent de la probité, de la transparence et de la confiance collective.
Le doute prospère toujours sur le silence, jamais sur la lumière.
Madame le Bâtonnier, votre mandat vous oblige. Endossez pleinement votre rôle ! C’est accepter de regarder en face ce qui dérange, de nommer les failles, et de rappeler que le barreau n’existe pas pour lui-même, mais pour les justiciables qu’il sert. À défaut, les festivités, fussent-elles endiablées, résonneront comme une danse sur un volcan institutionnel.
L’histoire jugera. Les citoyens, eux, attendent dès aujourd’hui des actes.
L’affaire de la CARPA ne saurait être réduite à une simple contrariété administrative, à un silence obscur, un mutisme assourdissant. Les fonds qu’elle abrite ne sont ni abstraits ni accessoires : ils appartiennent aux justiciables, à celles et ceux qui ont gagné leur procès et qui attendent, parfois des années, que justice soit pleinement rendue, c’est-à-dire exécutée.
Les témoignages qui émergent sont, à cet égard, édifiants. Ainsi, une justiciable a publiquement relaté — témoignage accessible sur la page Facebook de Bondamanjak — avoir dû écrire personnellement au procureur de la République pour espérer récupérer la somme de 450 000 euros qui lui était due. Faut-il rappeler qu’une telle démarche relève de l’exception, presque de l’humiliation, pour une citoyenne censée pouvoir faire confiance aux institutions ? Et surtout, une question lancinante demeure : qu’en est-il de tous les autres justiciables, moins visibles, moins audibles, à qui aucune somme n’a été versée et qui n’ont ni les codes ni la force de médiatiser leur situation ?
Mme le Bâtonnier ou Mme la bâtonniere (peu importe votre titre) ne soyez pas la bétonnière qui enterre les scandales de votre Barreau.
Madame le Bâtonnier, qu’est-ce que vous nous répondez ?












